Cours d'esthetique

vendredi, avril 28, 2006

Merleau-Ponty

Merleau-Ponty - Sens et non-sens

Merlean-Ponty expose dans ce texte les bases d’une théorie interprétative fortement imprégnée par la pensée phénoménologique.

I. Psychologie classique et psychologie moderne

Merleau-Ponty distingue la psychologie classique et la psychologie moderne, et oppose chacune point par point :

Contrairement la psychologie classique, la psychologie moderne prend acte du fait que les 5 sens agissent les uns sur les autres, et reconnaît de facto que la perception n’est pas la somme des données obtenues par chacun des sens : « je perçois d’une manière indivise avec mon être total, je saisis une structure unique de la chose, une unique manière d’exister qui parle à la fois à tous mes sens. » (p.88)

La psychologie classique postule bien une unité de la perception, mais celle-ci est toujours construite, le résultat de l’intervention de l’intelligence qui, dans la perception, vient pour ainsi dure recoller les pièces manquantes, invisibles ou inaudibles. La perception tient dans ce contexte ni plus ni moins que du déchiffrage par l’intelligence des données sensibles. La théorie de la forme s’inscrit dans la droite ligne de cette perception intelligente en la prolongeant encore davantage : la notion de sensation est rejetée au profit des signes et de leur signification. La perception est d’emblée un jugement, une interprétation.
Suite à ce constat, Merleau-Ponty sonne le rappel : « la perception n’est pas une sorte de science commençante, et un premier exercice de l’intelligence, il nous faut retrouver un commerce avec le monde et une présence au monde plus vieux que l’intelligence. » (p.93). Il écrit un peu plus loin « d’une manière générale, la nouvelle psychologie nous fait voir dans l’homme, non pas un entendement qui construit un monde, mais un être qui y est jeté et qui y est attaché comme par un lien naturel. Par suite, elle nous réapprend à voir ce monde avec lequel nous sommes en contact par toute la surface de notre être, tandis que la psychologie classique délaissait le monde vécu pour celui que l’intelligence scientifique réussit à construire. » (p.96)

C’est donc à un retour aux prémisses de la perception qu’invite Merleau-Ponty, qui s’inscrit ainsi dans le droit fil de la pensée heideggérienne (« songeons à ces quelques mots : « nous devons nous tourner vers l’étant, penser à son contact même, ayant en vue son être, mais précisément de telle sorte que nous le laissions reposer en lui-même, dans son éclosion. » Heidegger, p.31). Le corps tout entier devient le moyen privilégié de la perception désormais délivrée des aléas de l’entendement.

II. Phénoménologie et cinéma

Cherchant à définir le cinéma comme une forme temporelle visuelle et sonore, Merleau-Ponty ajoute en faisant un détour par Kant que le film est – comme les autres arts – une idée rendue à l’état naissant, émergeant dans la structure temporelle et spatiale du film. Ce qui lui fait conclure, que « c’est par la perception que nous pouvons comprendre la signification du cinéma : le film ne se pense pas, il se perçoit. »

Merleau –Ponty ancre un peu plus loin sa vision du cinéma un peu plus dans la pensée phénoménologique : « une bonne part de la philosophie phénoménologique ou existentielle consiste à s’étonner de cette inhérence du moi au monde et du moi à autrui, à nous décrire ce paradoxe et cette confusion, à faire voir le lien du sujet et du monde, du sujet et des autres, au lieu de l’expliquer, comme le faisaient les classiques, par quelques recours à l’esprit absolu. Or, le cinéma est particulièrement apte à faire paraître l’union de l’esprit et du corps, de l’esprit et du monde et l’expression de l’un dans l’autre. Voilà pourquoi il n’est pas surprenant que le critique puisse, à propos d’un film, évoquer la philosophie. »

Il y a dans ces propos de Merleau-Ponty, toujours en vue l’unité touchée dans l’œuvre par le sujet, mais cette unité n’a plus rien à voir avec un quelconque absolu, elle est le résultat d’un étonnement initial consécutif de l’inversion entre sujet et objet : le sujet désormais ne constitue plus mais est constitué par l’objet (le monde, autrui). C’est par le biais de cet étonnement que se fait jour le lien du sujet au monde et à autrui.